Tocophérol

Le tocophérol (E307), communément appelé « vitamine E », est un nutriment essentiel pour l’organisme. Mais c’est également un additif très courant dans l’industrie agroalimentaire. D’où provient-il ? Quelle est sa fonction technologique ? Son utilisation en tant qu’additif alimentaire ne présenterait-elle pas de risque ou de danger pour la santé ?

En bref

Note globale
8 / 10
  • Naturalité
    Le tocophérol / vitamine E est issu d’huiles végétales. Mais il existe aussi sous forme synthétique (peu en complément alimentaire). A noter qu’il peut être extrait de végétaux OGM.
  • Toxicité supposée
    Aucune toxicité n’a été rapportée.
  • Manifestation secondaire
    Chez certains, il peut entraîner des fermentations digestives générant de l’inconfort.
  • Contre indication
    Il peut être pris par tous. La forme synthétique est interdite en bio.

Préferénces alimentaires

  • Additif naturel
    Naturel (forme l) ou synthétique (forme dl)
  • Additif non nano
    Non nano
  • Additif non OGM
    Peut être OGM
  • Additif utilisable en bio
    Utilisable en bio
  • Additif sans gluten
    Convient aux régimes sans gluten
  • Additif Hallal
    Hallal
  • Additif vegan
    Convient aux régimes vegan

Définition

C’est la forme la plus courante de vitamine E. Il en existe 4 types (appelés isomères) : alpha / bêta / gamma et delta-tocophérol.

La vitamine E peut être aussi sous forme de tocotriénols :

  • alpha-tocotriénol ;
  • bêta-tocotriénol ;
  • gamma-tocotriénol ;
  • delta-tocotriénol.

Il s’agit de la forme de vitamine E la plus abondante dans le corps humain, et la plus utilisée dans l’industrie agroalimentaire. Il est disponible sur le marché en tant que supplément en vitamine E. Il est autorisé comme additif alimentaire, sous le numéro E307.

Naturel ou synthétique ?

On peut distinguer 3 formes, selon son origine :

  • d -tocophérol (E307a), issu de l’estérification de l’α-tocophérol naturel extrait de végétaux riches en vitamine E ;
  • E307b : une substance naturelle qui peut regrouper les 4 formes ;
  • dl- tocophérol (E307c), la vitamine E synthétique, qui serait moins active que la forme naturelle.

Le l du dl- indique que c’est une forme synthétique.
La vitamine E synthétique (E307c), parfois dénommée « all-rac-α-tocophérol » ou « tout-rac-α-tocophérol », se présente comme de l’huile visqueuse, limpide et pratiquement inodore. De couleur jaunâtre à ambrée, elle s’oxyde et devient foncée lorsqu’elle est exposée à l’air ou à la lumière.

Qualité

Afin d’être sûr qu’il soit le plus naturel possible :

  • Vérifier que ce soit bien la forme naturelle et non dl (c’est l’immense majorité en compléments alimentaires, mais pas dans les aliments).
  • Un produit bio exclu systématiquement la forme synthétique ou les formes naturelles issus d’OGM.

A quoi sert-il ?

En tant que vitamine E, il serait efficace en termes de protection des membranes cellulaires et des lipoprotéines LDL (les bons cholestérols). Il contribuerait également à la procréation et à la synthèse des globules rouges.
Dans le domaine médical, cette substance pourrait prévenir :

  • les maladies cardiovasculaires ;
  • l’altération des artères ;
  • les douleurs menstruelles ;
  • la dégénération maculaire liée à l’âge (DMLA) ;
  • la cataracte ;
  • la diminution des capacités intellectuellesdes personnes âgées.

Dans l’industrie agroalimentaire, l’α-tocophérol est très sollicité pour sa fonction antioxydante. C’est un excellent conservateur, qui permet aux aliments de ne pas s’oxyder, et donc de ne pas rancir.

Selon le Codex Alimentarius, c’est un additif alimentaire qui peut être utilisé dans diverses catégories d’aliments1, dont les :

  • aliments pour nourrissons et enfants en bas âge ;
  • aliments diététiques, y compris ceux pour régimes amaigrissants et ceux destinés à des usages particuliers ;
  • compléments alimentaires ;
  • amuse-gueules à base de pommes de terre, de céréales, de farine ou d’amidon ;
  • céréales pour petit déjeuner ;
  • farines ;
  • pâtes et nouilles ;
  • laits ;
  • fromages et produits similaires ;
  • produits de boulangerie fine ou ordinaire ;
  • pâtisseries ;
  • décorations, nappages et sauces sucrées ;
  • boissons alcoolisées ou non ;
  • confiseries ;
  • fruits et produits à base de fruits ;
  • desserts lactés, ou à base de matière grasse, de fruits, d’œufs, de céréales ou d’amidon ;
  • glaces de consommation ;
  • fines herbes, épices, assaisonnements et condiments ;
  • potages et bouillons ;
  • huiles et matières grasses ;
  • légumes et produits à base de légumes ;
  • poissons et produits de la pêche ;
  • viandes et boyaux comestibles.

A noter : l’E307c (forme synthétique) est interdit dans l’agriculture bio.

Quels sont ses risques pour la santé ?

Toxicité : l’α-tocophérol représente-t-il un danger ?

Dans son Avis relatif à la réévaluation2 de la sécurité de cette forme synthétique, l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) a conclu sur :

  • une faible toxicité orale aiguë ;
  • une absence d’inquiétude en termes de génotoxicité et de cancérogénicité.

Une dose sans effet nocif observé (NOAEL) de 125 mg/kg pc/jour a été retenue dans le cadre des études de toxicité orale (pendant 13 semaines) et chronique (durant 16 mois). Toutefois, il faudrait noter que cette substance pourrait avoir pour effet une augmentation du temps de coagulation.
D’après cette autorité, utilisée comme additif alimentaire, elle ne serait pas préoccupant pour la sécurité.

Quelle est la dose maximale à ingérer ?

Lors de la réévaluation de l’additif E307, le comité scientifique de l’EFSA n’a pas fixé de DJA, mais plutôt une dose maximale tolérable de 300 mg/jour de vitamine E pour les adultes.
Dans un autre rapport, cette autorité a défini l’apport adéquat en vitamine E sous forme d’α-tocophérol3 :

  • 4 mg/jour chez les nourrissons de moins de 6 mois ;
  • 5 mg/jour pour les bébés de 7 à 11 mois ;
  • 6 mg/jour chez les tout-petits de 1 à 3 ans ;
  • 9 mg/jour chez les enfants de 3 à 10 ans ;
  • 11 mg/jour pour les filles de plus de 10 ans et les femmes adultes ;
  • 13 mg/jour pour les garçons de plus de 10 ans et les hommes adultes ;
  • 20 à 50 mg/jour pour les personnes âgées de plus de 75 ans ;
  • jusqu’à 24 mg/jour chez les sportifs.

C’était le JEFCA (Comité mixte FAO/OMS d’experts des additifs alimentaires) qui avait établi, en 1986, une DJA (dose journalière acceptable) de 0,15 à 2 mg/kg pc/jour pour le d-α-tocophérol ou la forme synthétique4, lorsqu’il est concentré, seul ou en combinaison.

A noter : la concentration maximale autorisée pour l’E307c utilisé comme additif alimentaire pourrait varier de 5 mg à 6.000 mg/kg. Elle serait plus élevée dans les boyaux comestibles, les farines et les huiles de poisson.

La carence est-elle dangereuse ?

Les adultes seraient moins exposés à une carence en vitamine E. Cela pourrait se produire uniquement en cas de :

  • troubles d’absorption ou de métabolisme des lipides, causés par certaines maladies digestives ;
  • défaillance génétique de la protéine qui transporte la vitamine E dans le foie.

De telle carence pourrait déclencher des problèmes au niveau des nerfs, des muscles et du système nerveux central.

Ce sont les enfants, surtout les prématurés, qui seraient fréquemment touchés par une carence en vitamine E, à cause de l’insuffisance des réserves corporelles. Cela pourrait provoquer une anémie hémolytique.

Quels sont les risques en cas de surdosage ?

Le tocophérol est une vitamine liposoluble, stockée dans le foie et les tissus adipeux. Un excès de consommation provoquerait une accumulation des réserves.
Les avis des scientifiques sont partagés concernant la toxicité de cette accumulation de vitamine E. Certains avancent que cela ne présenterait aucun danger pour la santé. Mais d’autres affirment qu’une forte dose pourrait provoquer :

  • de la fatigue ;
  • des vertiges ;
  • un mal de tête ;
  • une éruption cutanée ;
  • des problèmes de vision ;
  • des accidents cérébraux ;
  • une augmentation du risque de mortalité.

Utilisation dans les matériaux en contact avec les aliments ?

Oui, l’acétate d’α-tocophérol, peut être utilisé comme antioxydant dans les polyoléfines, en contact avec les aliments. Il s’hydrolyse et se transforme en acide acétique et en dl-α-tocophérol.

D’après le groupe scientifique de l’EFSA, le taux de migration de cette substance pourrait s’élever à 56 mg/kg d’aliments, pour une utilisation à hauteur de 650 mg/kg de plastique5.
Cette migration ne devrait pas causer de problème de santé pour les consommateurs, d’autant plus que les données toxicologiques pour les formes citées auparavant, utilisées en tant qu’additifs alimentaires, seraient plutôt rassurantes.

Pour résumer

  • Le tocophérol est l’une des molécules qui constituent la vitamine E. Mais il peut servir, à lui tout seul, de supplément en vitamine E.
  • Il se démarque par son excellente fonction antioxydante, d’où son utilisation en tant qu’additif alimentaire, codé E307.
  • Dans la majorité des cas, les fabricants de denrées alimentaires ont plutôt recours à la forme synthétique. Les formes naturelles (E307a et E307b) sont d’origine végétale.
  • La forme synthétique est autorisée dans l’alimentation infantile, mais interdit dans les produits bio.
  • L’utilisation de l’E307, en tant qu’additif alimentaire, devrait se faire dans le respect des concentrations maximales fixées pour les différentes catégories d’aliments.
  • Il ne serait ni génotoxique ni cancérigène. Sa toxicité orale aiguë serait très faible. Il ne poserait pas de problème de sécurité.
  • Une évaluation datant de 1986 a abouti à la fixation d’une DJA de 0,15 à 2 mg/kg pc/jour pour cette substance.
  • Lors de la dernière réévaluation de cet additif, en 2015, les données n’étaient pas suffisantes pour déterminer une DJA. L’EFSA a plutôt opté pour une dose maximale tolérable de 300 mg/jour de vitamine E pour les adultes.
  • Utilisé comme antioxydant dans les emballages des denrées alimentaires, il pourrait migrer vers les aliments. Mais d’après l’EFSA, cela ne présenterait pas de danger pour la santé humaine.

En conclusion

En général, l’α-tocophérol, y compris la forme synthétique, utilisé comme additif alimentaire, serait inoffensif. Toutefois, pour éviter un excès de vitamine E, il serait plus prudent de limiter la consommation des aliments contenant cet excipient, notamment si l’on prend déjà des suppléments. Il faudrait surtout doubler de vigilance concernant les denrées dans lesquelles la concentration maximale autorisée est assez élevée.